Description
Le même principe actif existe à 5 mg (Chibro-Proscar et génériques) pour l’hypertrophie bénigne de la prostate. Ce n’est pas le même dossier : posologie, remboursement et formalités de délivrance diffèrent. Couper un comprimé à 5 mg pour « faire du 1 mg » n’est pas une pratique recommandée : le pelliculage protège contre le contact cutané, et le fractionnement expose une femme enceinte à un risque tératogène.
Depuis 2025–2026, l’Europe et l’ANSM ont durci l’information : troubles sexuels pouvant persister après l’arrêt, modifications de l’humeur, idées suicidaires. Une attestation d’information partagée est obligatoire pour le finastéride 1 mg oral (initiations à partir du 16 avril 2026, renouvellements à partir du 16 juin 2026). Les boîtes portent une alerte et un QR code. À la pharmacie du Centre Hospitalier de Nemours, comme en ville, la délivrance s’accompagne de cette information : on ne remet pas « juste un comprimé contre la calvitie ».
Mécanisme d’action
Dans le follicule du vertex et des golfes, la testostérone est convertie en dihydrotestostérone (DHT) par la 5-alpha-réductase de type 2. La DHT miniaturise progressivement le follicule : les cheveux deviennent plus fins, plus courts, puis le cuir chevelu se dégarnit. Le finastéride bloque cette enzyme. La DHT circulante baisse d’environ 60 à 70 %, la DHT tissulaire davantage encore. La testostérone totale ne s’effondre pas ; elle peut même légèrement augmenter.
Le problème est que la DHT n’agit pas seulement sur le cuir chevelu. Elle participe à la fonction sexuelle, à la prostate et, de façon plus complexe, à certains équilibres neurostéroïdiens. Réduire la DHT partout pour sauver des follicules explique à la fois l’effet capillaire et une partie des effets indésirables sexuels et psychiatriques.
Le dutastéride (Avodart) inhibe les isoenzymes de type 1 et 2. Il n’a pas d’AMM française dans l’alopécie. Son usage capillaire est hors AMM et n’échappe pas aux mêmes alertes de classe.
Indications et limites d’efficacité
L’AMM du finastéride 1 mg est étroite :
- homme uniquement ;
- 18 à 41 ans ;
- stade peu évolué d’alopécie androgénétique ;
- pas d’efficacité démontrée sur un recul avancé des golfes bitemporaux ni sur une calvitie déjà étendue ;
- inefficace chez la femme dans les essais d’alopécie.
Le médicament stabilise surtout la chute. Après plusieurs années, une majorité d’hommes ralentissent la progression ; une partie récupère une densité modérée. Ce n’est pas une greffe. L’effet n’est pas immédiat : il faut souvent 3 à 6 mois pour juger, parfois jusqu’à 12 mois. Si l’on arrête, le bénéfice s’estompe dès le sixième mois et disparaît en général en 9 à 12 mois. C’est un traitement d’entretien, pas une cure de trois mois.
Le minoxidil topique 5 % reste l’alternative ou l’association la plus discutée. Il n’agit pas sur la DHT, irrite parfois le cuir chevelu, et peut se procurer sans ordonnance. Le choix n’est pas « le plus fort gagne » : c’est un arbitrage entre un geste local et une hormone systémique.
Posologie
Un comprimé de 1 mg par jour, à heure à peu près fixe, avec ou sans repas. Inutile d’augmenter la dose : 5 mg n’apportent pas un bénéfice capillaire clairement supérieur et exposent davantage aux effets sexuels. Pas d’adaptation rénale habituellement nécessaire. Une interruption de quelques jours ne se rattrape pas en doublant la prise.
Le finastéride 5 mg (HBP) se prend aussi une fois par jour, dans un autre cadre, souvent au long cours, avec un suivi urologique et un PSA interprété autrement.
Contre-indications
- femme (et donc grossesse, désir de grossesse, allaitement) ;
- hypersensibilité au finastéride ou à un excipient (souvent du lactose) ;
- enfant et adolescent.
Une femme enceinte ou susceptible de l’être ne doit pas manipuler un comprimé cassé ou écrasé : le finastéride traverse la peau et peut perturber le développement des organes génitaux externes d’un fœtus masculin. Les comprimés entiers pelliculés peuvent être touchés sans ce risque. Le CRAT considère que le passage dans le sperme est minime et que, pour une conception sous traitement paternel, une surveillance obstétricale spécifique n’est pas justifiée ; l’usage systématique du préservatif n’est pas requis de ce seul fait. En revanche, le fractionnement des comprimés à la maison reste à éviter s’il existe un risque de contact féminin.
Effets indésirables sexuels
Peu fréquents dans les essais, mais cliniquement importants :
- baisse de la libido ;
- troubles de l’érection ;
- troubles de l’éjaculation, volume d’éjaculat diminué ;
- douleurs testiculaires, hématospermie ;
- altération de la qualité du sperme, infertilité parfois rapportée.
La notice indique que ces effets sont souvent transitoires sous traitement ou à l’arrêt. Des cas de persistance après l’arrêt sont officiellement mentionnés (libido, érection, éjaculation). C’est le cœur du débat dit « syndrome post-finastéride » : entité encore discutée dans sa définition, mais la persistance possible n’est plus niée par les autorités. L’ANSM demande d’arrêter le médicament et de consulter si ces troubles apparaissent. Ils peuvent eux-mêmes alimenter une dégradation de l’humeur.
Gynécomastie, tension mammaire : signaler toute masse ou écoulement. Des cancers du sein chez l’homme ont été rapportés de façon rare ; tout signe mammaire inhabituel justifie un examen.
Effets psychiatriques : ce qui a changé en 2025–2026
Le comité européen de pharmacovigilance (PRAC) a reconnu les idées suicidaires comme effet indésirable du finastéride en comprimés. L’humeur dépressive, la dépression et l’anxiété figurent dans le RCP. L’ANSM a analysé des cas français : hommes souvent jeunes (âge médian autour de 30 ans), parfois sans trouble psychiatrique préalable, parfois avec persistance après l’arrêt.
Conduite à tenir officielle : dès un changement d’humeur (tristesse durable, perte de plaisir, idées noires, isolement, troubles du sommeil), arrêter le finastéride et contacter un médecin. Ne pas minimiser sous prétexte que « ce n’est que des cheveux ». Chez un homme jeune traité pour une indication esthétique, le seuil d’acceptabilité des risques psychiatriques est bas. C’est précisément pourquoi un temps de réflexion est demandé avant l’initiation.
PSA et cancer de la prostate
Le finastéride diminue le taux de PSA d’environ 50 %. Un dosage « normal » sous traitement peut masquer une élévation. Tout biologiste et tout médecin doivent savoir que le patient prend du finastéride, 1 mg ou 5 mg. On ne s’en sert pas comme dépistage du cancer ; on corrige l’interprétation. Une hausse du PSA sous finastéride n’est pas anodine.
Attestation ANSM et délivrance en 2026
Pour le finastéride 1 mg oral (pas le 5 mg d’HBP, pas le topique Fincrezo) :
- le médecin présente les alternatives (minoxidil, abstention, éventuellement greffe) ;
- un délai de réflexion est recommandé ;
- l’attestation d’information partagée est cosignée, versée au dossier, renouvelée ;
- le pharmacien vérifie ce cadre à la délivrance ;
- une carte patient dans la boîte rappelle humeur, idées suicidaires et troubles sexuels.
Le médicament n’est pas remboursé dans l’alopécie (indication considérée comme esthétique). Le 5 mg d’HBP l’est, à un autre taux, dans son indication urologique.
Interactions et précautions diverses
Peu d’interactions enzymatiques majeures. Attention aux autres médicaments qui abaissent la libido ou l’érection (certains psychotropes) : l’imputation devient plus difficile. Élévation possible des enzymes hépatiques. Réactions d’hypersensibilité (urticaire, angio-œdème) : arrêt immédiat.
Le don de sang peut être réglementé dans certains pays pendant le traitement, en raison du risque théorique pour une receveuse enceinte. Se renseigner auprès de l’EFS.
Comparaison 1 mg, 5 mg et minoxidil
| Critère | Finastéride 1 mg (Propecia / génériques) | Finastéride 5 mg (Chibro-Proscar) | Minoxidil topique 5 % |
|---|---|---|---|
| Indication AMM | Alopécie peu évoluée, H 18–41 ans | HBP | Alopécie, H et F selon dosage |
| Ordonnance | Oui + attestation 2026 | Oui | Non (topique) |
| Remboursement alopécie | Non | Hors AMM si détourné | Non |
| Effet systémique DHT | Oui | Plus marqué | Non (topique) |
| Risque sexuel / humeur | Oui, encadré | Oui | Faible en topique |
Conseils à l’officine hospitalière
Vérifier le sexe, l’âge, l’indication, l’attestation pour le 1 mg. Expliquer le délai d’action et la reprise de la chute à l’arrêt. Remettre le message sur l’humeur et la sexualité sans alarmisme ni banalisation. Rappeler de ne pas laisser traîner des comprimés écrasés. Orienter vers le prescripteur dès le premier trouble sexuel ou thymique. Ne pas encourager l’achat de finastéride « pour la musculation » ou en prévention chez l’adolescent : hors AMM et hors rapport bénéfice/risque acceptable.
Conclusion
Le Propecia (finastéride 1 mg) peut stabiliser une alopécie androgénétique débutante chez l’homme jeune. Ce bénéfice cosmétique s’accompagne d’un risque réel de troubles sexuels, parfois persistants, et de troubles de l’humeur pouvant aller jusqu’aux idées suicidaires. En 2026, la France n’a pas retiré le médicament ; elle a conditionné sa prescription à une information formalisée.
La décision appartient à un homme informé, après alternatives exposées et délai de réflexion. Ce n’est pas un complément capillaire. Pour le 5 mg, le cadre reste l’urologie. Toute question de délivrance, d’attestation ou d’effet indésirable peut être abordée avec le pharmacien du Centre Hospitalier de Nemours et le médecin prescripteur.
Fiche fondée sur les notices, l’ANSM et le RCP. Elle ne remplace pas l’attestation officielle ni un avis médical personnalisé. En cas de souffrance psychique, contactez le 3114 (ligne nationale de prévention du suicide) ou les urgences.



